Les chercheurs contre l’utilisation intensive de l’IA à l’université
Au nom du progrès, certains produits ont été adoptés sans discernement, voire imposés aux utilisateurs : on peut penser au tabac ou aux moteurs à combustion. Au XXIᵉ siècle, on pense également aux réseaux sociaux. Face à ces choix imposés aux collectifs, des chercheurs regrettent l’apathie des scientifiques et de la société à l’égard d’une dépendance sans critique. Aujourd’hui, ils s’inquiètent de revivre l’histoire avec l’intelligence artificielle générative.
Cette imposition de l’IA est partout. Par exemple, des mises à jour logicielles sont déployées sans consentement dans des outils du quotidien. Microsoft Office est fourni avec des chatbots, les recherches Google sont automatiquement répondues par l’IA et ni les chercheurs, ni les étudiants, ni les directions d’université n’ont de possibilité de refuser son utilisation car il n’est pas considéré comme légitime de rejeter les technologies d’IA dans l’enseignement et la recherche. Comment l’élite du progrès pourrait-elle être contre le progrès ?
C’est pourquoi, en juin 2025, un groupe de chercheurs a corédigé une lettre ouverte appelant les universités à revenir sur leur position et à repenser leur approche concernant l’adoption sans discernement des technologies d’IA générative. Dans cette lettre, les chercheurs expliquent pourquoi les universités doivent prendre au sérieux leur rôle pour a) contrer le marketing, le battage médiatique et les effets néfastes de l’industrie technologique ; et b) préserver l’enseignement supérieur, la pensée critique, l’expertise, la liberté académique et l’intégrité scientifique. Joint à cette lettre se trouvent des références à des travaux pertinents afin d’informer davantage les chercheurs convaincus par l’IA de sa dangerosité par rapport aux valeurs défendues par l’université.
L'individu moyen n’existe pas
Imaginez que vous disposiez des scores de personnalité selon le modèle des « Big 5 » de plus de 300 000 personnes. Vous définissez comme « fourchette moyenne » la plage comprise entre la moyenne et ± 0,25 écart-type pour chaque trait (soit environ 20 % des participants).
QUESTION : Selon vous, combien de personnes parmi cet échantillon de plus de 300 000 individus se situent dans la fourchette moyenne pour l’ensemble des 5 TRAITS en même temps ?
La réponse est 0.
C’est le résultat d’une analyse faite par un étudiant de master utilisant une grosse base de données (N =307,313).
Ce que ce résultat implique, c’est que personne n’a une personnalité vraiment “moyenne” et que les profils de personnalité des individus sont davantage “en dent de scie” que vraiment homogènes dans une moyenne.
Notons que c’est la même chose que les études sur 4 000 pilotes de l'Air Force et 10 “critères moyens” qui ne convenaient finalement à… personne. Peu importe comment on le mesure, l’individu moyen n’existe pas : https://noblestatman.com/uploads/6/6/7/3/66731677/cockpit.flaw.averages.pdf
La formation continue de médecins généralistes
Si on amène des médecins généralistes à améliorer la prescription de certains patients, est-ce que ça modifie leur prescription chez les autres patients ? Si oui, on parlerait alors de l’effet de débordement ou, en anglais, de spillover effect.
Dans une analyse d’un essai randomisé contrôlé sur 4 964 généralistes portant sur la réduction relative d’antibiotiques, la formation donnée aux médecins pour les patients de +65 ans a amené une réduction de prescription d’antibiotiques de 7% pour les patients de tout âge comparé au groupe contrôle à 12 mois. Ainsi, former des médecins à la prescription chez la personne âgée a aussi modifié leurs décisions pour des patients des autres types de population. Cela indique que les formations, même spécifiques, produisent des effets indirects bénéfiques pour d’autres patients. C’est aussi pour ça que la formation continue des médecins est primordiale.
Saqib, K., Ivers, N., Brown, K. A., Daneman, N., Leung, V., Langford, B. J., Garber, G., Grimshaw, J. M., Silverman, M. S., Taljaard, M., Brehaut, J., Thavorn, K., Lacroix, M., Friedman, L., Shuldiner, J., Gomes, T., Gushue, S., Leis, J. A., Zwarenstein, M., & Schwartz, K. L. (2025). Spillover From an Intervention on Antibiotic Prescribing for Family Physicians. JAMA Network Open, 8(7), e2518261. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2025.18261
Mes super vraiment sont amis
Pour un article, des chercheurs ont posé des questions sans aucun sens, mais relatives aux liens sociaux (par exemple : “mes relations sociales ont un très bon saturne”, ou “mon partenaire et moins avoir un très bon tarot”), et des questionnaires standards de satisfaction et de confiance en les autres.
Le fait de répondre à ces questions nimportnawak a augmenté les résultats à tous les autres questionnaires. Les participants qui rapportaient un haut “pseudo résultat” aux questions sans sens disaient avoir une plus grande satisfaction vis-à-vis de leurs réseaux sociaux, un plus grand engagement avec leurs amis, une meilleure appréciation de leurs réseaux sociaux, une plus grande confiance aux autres chaque semaine.
Finalement, les chercheurs supposent que leurs questions, même sans sens, capturent un sentiment relationnel global. Autrement dit, les participants ont tenté d’inférer des réponses en projetant les questions sur leurs relations sociales dans ces questions. Ces questions pourraient aussi capturer des biais comme l’effet de halo, de valorisation de soi ou d'acquiescement. C’est donc à se demander pourquoi on se casse les pieds à se demander si tel mot est meilleur que tel mot pour standardiser des questionnaires sur les relations sociales alors qu’utiliser des pseudo-mots et des pseudo-questions revient presque au même.
Joel, S., Sakaluk, J. K., Kim, J. J., Khera, D., Qin, H. Y., & Stanton, S. C. E. (2025). Pseudo Effects: How Method Biases Can Produce Spurious Findings About Close Relationships. Psychological Science, 36(10), 780–795. https://doi.org/10.1177/09567976251370262
Les édulcorants de la démence
Un article de The Guardian indique que les édulcorants sont si dangereux qu'ils peuvent faire perdre jusqu’à 1,6 an de santé cognitive, selon une étude. L’article du Guardien est en source en bas de cet article.
Mais est ce que les édulcorants font vraiment baisser la “santé cognitive” ?
L’étude porte sur une observation de 1500 personnes au Brésil. C’est une pure observation, il n’y a aucune manipulation, aucun groupe contrôle. L’étude fait des comparaisons multiples sans réduire le risque de faux positifs, des multiples stratifications et des filtres permettant de facilement trouver des résultats positifs selon le filtrage employé. Le pire est que les auteurs admettent avoir triché avec les données. Dans le texte suivant en bleu, ils expliquent qu’ils ont enquêté sur l’effet parce qu’une “inspection visuelle suggère une association”. C’est ce que l’on appelle le p-hacking (voir sur wikipedia Data dredging — Wikipédia), une forme particulièrement grave de manipulation de données.
Bref, l’article est d’une qualité exécrable et il n’y a strictement rien à en retirer, à part de la honte pour l’éditeur d’avoir accepté de publier cet immondice. Et pour The Guardian de l’avoir relayé.
L’image qui fait réfléchir
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La partie pour les abonnés
Les troubles mentaux ressemblent à des espèces animales
Lorsqu'il a fallu classer les animaux, on s'est retrouvé avec des curiosités. Par exemple, chez les "poissons", on retrouve les dipneustes, une espèce avec des poumons, plus proche de la vache sur de nombreux aspects que d'autres poissons. Pourtant, ben c’est des poissons.
Une dipneuste, avec des poumons.
Les espèces animales ne sont pas fixées par nature. Elles sont mouvantes, certaines s'éteignent, d'autres naissent. Alors, qu'est-ce qui fait qu’une espèce est une espèce ? Selon Eiko Fried, ce sont des propriétés agrégées. Dans cet article, il soutient l'idée qu'il en va de même pour les troubles mentaux.
Par exemple, la girafe a des propriétés phénotypiques — elle ressemble à une girafe. Elle a des propriétés génétiques propres aux girafes, des propriétés physiologiques comme un cœur extrêmement puissant par rapport à d’autres animaux, des propriétés écologiques sur ce qu'elle mange et où elle habite, des propriétés développementales, perceptuelles, comportementales.
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