Photo de Ruben Mavarez sur Unsplash. J’ai cherché une illustration du “functional blinding”, donc d’aveuglement fonctionnel pour illustrer la partie pour les abonnés, et j’ai trouvé des images de volets (blinds) fonctionnels. Ça marche aussi.
Des biomarqueurs du sommeil pour améliorer sa productivité au lit
Selon un article publié dans Nature, le sommeil auto-rapporté est associé à de nombreux biomarqueurs. Les chercheurs de l’article expliquent que cet article permettrait d’optimiser le sommeil en se basant sur ces associations. Autrement dit, on pourrait, grâce à ces biomarqueurs, savoir ce qui nous permet de bien dormir. Mais peut-on y croire ?
Notons en premier que le sommeil auto-rapporté n’a quasiment aucun intérêt, la plupart des gens estiment mal leur durée et qualité de sommeil. Notons également que tester des biomarqueurs sans cadre théorique augmente drastiquement les faux-positifs (les effets significatifs mais qui se révèlent ensuite faux). En effet, au lieu de s’intéresser aux biomarqueurs qui pourraient avoir une implication quand le sommeil, qui seraient un mécanisme, on prend tout et donc surtout des marqueurs qui seraient des corrélations illusoires. Ces deux problèmes sont centraux dans l’article.
De nombreux autres problèmes sont présents dans l’article, comme par exemple des résultats non significatifs (p = 0.06) pour lesquels les chercheurs indiquent “un lien potentiel vers une association” au lieu de dire qu’il n’y a pas de preuve de lien. Les chercheurs indiquent parfois un lien de causalité sommeil → biomarqueur parce que l’IRM est faite après avoir dormi, mais dans d’autres cas ils insistent en disant qu’il n’y a pas d’effet causal. Dans ce cas, pourquoi dire qu’on pourrait les modifier pour optimiser le sommeil ?
Bref, il n’y a strictement aucun intérêt à ce type de publication. On retiendra simplement que le temps de sommeil autorapporté “optimal” est entre 6 et 8h (alors que le temps réel biologique est plutôt entre 7 et 9h selon d’autres études plus fiables).
The MULTI Consortium., O’Toole, C.K., Song, Z. et al. Sleep chart of biological ageing clocks in middle and late life. Nature (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10524-5
Des recommandations de déprescription d’antipsychotiques
La task force de la société américaine de psychopharmacologie clinique a rendu ses recommandations pour la déprescription d’antipsychotiques.
Les recommandations disent en gros : “Il faut discuter avec les patients des bénéfices et des risques et réfléchir ensemble au meilleur moyen de réduire la prescription des médicaments.” Plus intéressant et triste pour nous : le texte des conflits d’intérêt est plus long que le texte de l’article en lui-même. Si on se demandait pourquoi si peu d'efforts étaient faits pour déprescrire les médicaments…
Goldberg, J. F., McIntyre, R. S., Swartz, H. A., Freeman, M. P., Mago, R., Citrome, L., Rosenblat, J. D., Thase, M. E., Tohen, M., Vieta, E., Malhi, G. S., Sajatovic, M., Shelton, R. C., Macaluso, M., Berk, M., Perlis, R. H., Ostacher, M. J., Khan, A., … Iosifescu, D. V. (2026). Recommendations for the Deprescribing of Psychotropic Medications. JAMA Network Open, 9(2), e260043. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2026.0043
La covid longue aurait-elle disparue ?
Un article récent a fait parler de lui, indiquant que 16% des personnes dans le monde ayant été infectées par le COVID auraient développé une COVID longue (10.1001/jamanetworkopen.2026.14909). Cependant, cet article n’a aucun sens, car il fait des corrélations entre à peu près tout pour drastiquement surrévaluer la prévalence. Par exemple, l’article postule que faire un arrêt cardiaque après une prise de cocaïne ou encore avoir fait l’expérience d’une déshydratation après avoir perdu la capacité de voir les couleurs sont des signes de covid long.
Le Royaume-Uni est un des premiers pays à avoir reconnu le Covid long et un des seuls pays à tenter d’estimer la prévalence. Si elle était de 10% en 2020, elle était de 1% en 2023, liée à de l'immunité, la vaccination et la réduction de la prévalence de la covid. Si la situation suit son cours, on peut estimer la prévalence de la covid longue actuelle proche de 0%.
Et ce n’est pas une bonne nouvelle.
Proche du 0% signifie très peu de personnes, et pas aucune personne. Cela rend leur diagnostic plus difficile : le manque de patients diminue le “besoin social” de traitement et donc les financements et finalement, les rares personnes en souffrant sont laissées de côté par le système médical.
https://gidmk.substack.com/p/no-1-in-6-people-do-not-have-long
Un manque de femmes dans les études du trouble de stress post-traumatique
Sur 527 essais randomisés contrôlés sur le trouble du stress post-traumatique, 44,9% des participants sont des participantes, alors qu’il y a 53% de femmes en moyenne dans les pays étudiés, et que la prévalence du trouble du stress post-traumatique est plus importante chez les femmes que chez les hommes. Pourquoi ?
Selon les chercheurs, une des raisons est qu’une partie assez importante de ces essais se fait sur des traumatisés de guerre, donc majoritairement des hommes, ou est associée à des troubles d’addiction à des substances, qui sont aussi plutôt des hommes. Seulement 12% des essais avaient entre 40 et 60% de ratio entre les deux genres.
De manière générale, les femmes sont sous-représentées dans les essais randomisés contrôlés, probablement à cause des critères d'inclusion, et c’est un problème de généralisabilité : est-on vraiment sûr que les découvertes sur les traumatisés de guerre se généralisent aux traumatismes sexuels ?
Koire, A., Ealy, A., Rich-Edwards, J., Goodsmith, N., Joffe, H., & Spagnolo, P. A. (2026). Post-traumatic stress disorder (PTSD) randomized clinical trials: predicting sex differences in enrollment patterns. Psychiatry Research, 365, 117404. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2026.117404
Des antidépresseurs pour les enfants et adolescents
Une nouvelle méta-analyse porte sur l’utilisation d’antidépresseurs chez les enfants et les adolescents. L’article indique que si la plupart des articles ont des risques de biais, il semblerait que la fluoxétine puisse avoir des effets supérieurs au placebo.
Le problème est que la méta-analyse a de sérieuses limitations, par exemple plus de 80 analyses en sous groupe ont été faites sans corriger pour le risque de faux positifs (en le faisant, plus aucun effet n’est significatif).
Il semble y avoir de nombreuses erreurs dans la traduction des tailles d’effet : pour pouvoir comparer les études, les chercheurs ont transformé les résultats d’une échelle en une autre, en utilisant une méthode, la méthode “cod-fish” qui n’existe pas (on a cherché sur Google, on a pas trouvé*), et en augmentant drastiquement les effets. Par exemple, sur une étude, les chercheurs ont calculé qu’une réduction de 1,5 point à l’échelle HAMD-17 correspond à une réduction de 8 points sur l’échelle CDRS alors que ça devrait correspondre à -3 points.
Deux mois après que Martin Plöderl ait sonné l’alerte, l’article a été corrigé sur tout un tas de sujets (modification de graphique, correspondance de résultats entre le résumé et les résultats, déletion d’informations dans la discussion) mais aucun des points que j’ai mentionnés dessus n’a été touché.
Xiang, Y., Cuijpers, P., Li, W., Bao, Q., Weisz, J. R., Shi, J., Du, X., Yang, H., Barth, J., Coghill, D., Leucht, S., Hazell, P., Cohen, D., Ravindran, A. V., Michael, K. D., Teng, T., Zhou, X., Lu, L., & Xie, P. (2026). Optimizing Pharmacological Treatment in Children and Adolescents With Major Depressive Disorder: An Individual Participant Data Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry. https://doi.org/10.1016/j.jaac.2026.05.010
*Il est possible que cette partie de la méthode de l’article ait été rédigée par IA.
UPDATE : après avoir écrit ce billet, l’article a reçu une seconde correction indiquant que les supplementaries contiennent maintenant la méthode cod-fish qui serait en fait un logiciel, et les explications sur le recodage des effets : https://www.jaacap.org/article/S0890-8567(26)02197-0/fulltext. En tentant ce matin de cliquer sur ces supplementaries, le site internet m’indique que je n’ai pas l’autorisation de le télécharger.
L’image qui fait réfléchir
Le Danemark installe des iles de vie sauvage dans ses ports - créant des sanctuaires urbains pour les oiseaux et les abeilles.
La partie pour les abonnés
Le vrai problème des thérapies psychédéliques n’est pas l’aveuglement, à moins que ?
Quand on parle des difficultés à mettre en évidence l'efficacité des thérapies psychédéliques contre la dépression résistante au traitement, l'argument principal, c'est la difficulté d'aveugler les participants.
Dans les thérapies psychédéliques, les participants vont arriver à la clinique, vont passer plusieurs heures, parfois 6 à 8 heures dans une salle préparée pour se relaxer, avec un thérapeute, avec de la musique, des effets visuels etc. Ils vont passer ce temps-là avec le traitement qui va avoir un effet physiologique important : ils vont planer, être euphorique, totalement relaxés, etc.
À cause de ce processus, 90 à 95% des patients savent qu'ils sont dans le groupe avec une thérapie psychédélique. Il ne peut pas y avoir d'aveuglement, non pas parce qu'on dit aux participants “tu fais partie du groupe avec psychédéliques”, mais il n'y a pas d'aveuglement fonctionnel parce que les participants savent avec certitude que ce qu'ils reçoivent n'est pas un placebo. Il y a bien quelque chose qui produit des effets.
Et comme tu sais que tu es dans ce groupe-là, tu vas avoir tendance à scorer moins haut à l'échelle de dépression que ce que tu avais noté avant la session parce que tu veux que la thérapie que tu es en train de faire fonctionne. C'est un biais connu et qui marche dans toutes les thérapies, pas que les thérapies psychédéliques.
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