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Le corps n'oublie vraiment rien ?

On a de moins en moins de maladies cardiovasculaires - Abus sexuels intrafamiliaux et dysfonctionnements familiaux - Milgram et L’obédience - La surconfiance est-elle un trait psychologique ou un état qui peut se travailler et se modifier facilement ? - Le pilotprojekt Danois

Psycho Papers
7 min ⋅ 09/09/2026

On a de moins en moins de maladies cardiovasculaires

Pendant très longtemps, les maladies cardiovasculaires étaient méconnues. Les personnes mourraient simplement d’un “grand âge”. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les connaissances se sont affinées et la mortalité associée aux troubles cardiovasculaires s’est effondrée. Pour les femmes âgées de 85 ans et plus, le risque a diminué de 2/3 en 2025 par rapport à 1950. En prenant tous les genres et les classes d’âge, le risque de mortalité a diminué de 3/4. Et comme les maladies cardiovasculaires sont des responsables majeurs de décès, les avoir réduites a augmenté drastiquement l’espérance de vie en bonne santé.

Comment avons-nous fait ?

C’est une combinaison de nouvelles mesures comme l’échocardiographie, de nouveaux médicaments, notamment contre l'hypertension et les statines, de nouvelles techniques opératoires comme la greffe de cœur ou l'utilisation de stents, et de mesures de santé publique comme l’identification des facteurs de risque (tabac, alcool), la mise en place de défibrillateurs publics ou encore le 112 pour les urgences.

Vous retrouverez des graphiques sur la réduction de la mortalité et l’ensemble des mesures ayant permis les réductions de risques ici : https://ourworldindata.org/cardiovascular-deaths-decline


Abus sexuels intrafamiliaux et dysfonctionnements familiaux

Une méta-analyse sur 39 articles porte sur le lien entre abus sexuels intrafamiliaux et dysfonctionnements familiaux. Les auteurs ont pris des articles sur les dysfonctionnements familiaux et ont comparé ceux qui avaient “en plus” des abus sexuels intrafamiliaux, et ils ont comparé également des articles portant sur des abus intra versus extra familiaux.

Comme cela n’est pas étonnant, l’extrême majorité des familles dans lesquelles se trouvent des abus sexuels sur enfant sont des familles avec dysfonctionnements familiaux. En particulier, on retrouve de la violence sur un conjoint, de l’abus de substance, notamment l’alcool, et de l’isolement familial. On retrouve également plus de facteurs socioécologiques de stress comme la précarité ou le sans-abrisme. Une grande partie des hommes abuseurs ont été victimes d’abus dans leur enfance. La différence est nette lorsque l’on compare ces familles avec les abus sexuels extrafamiliaux. Par exemple, la violence sur un conjoint se retrouve dans plus de la moitié des familles avec abus sexuel intrafamilial, le double des familles avec de la violence sexuelle extrafamiliale. En particulier, 47% des familles avaient vécu des violences physiques, 37 % des abus émotionnels, 34 % de la négligence et 41 % de l'exposition à la violence conjugale.

Les implications cliniques sont claires : il est nécessaire de placer l’abus sexuel sur mineur dans une perspective systémique de dysfonctionnement familial, dont les précurseurs sont le fait que la personne violente ait été violentée durant l’enfance. La prise en charge après des abus sexuels intrafamiliaux sur des enfants est particulièrement complexe, car il n’y a pas de cause unique mais un système à déconstruire impliquant plusieurs personnes. Les besoins et la sécurité de la victime doivent être centraux, et les recommandations vont vers une approche systémique centrée sur la famille pour traiter les schémas dysfonctionnels, lorsque cela est approprié. De nombreux enfants victimes ne révèlent pas les abus parce qu’ils ne veulent pas que leur famille se désagrège ; à l’inverse, la rupture des liens avec le parent auteur des abus peut constituer l’intervention la plus efficace pour mettre définitivement fin aux abus.

Pré-enregistrement : Non

Données libres : Non, les auteurs disent qu’ils n’ont pas la permission de partager les données, ce qui n’a aucun sens.

Au delà du n’importe quoi sur les données libres, les auteurs ont cité l’article de Hilgard et al. (2019) sur les biais de publication indiquant que comme les tests statistiques sur les biais de publication sont parfois trompeurs, ils allaient en utiliser 3 et les comparer. Sauf que sur les 3 qu’ils utilisent, 2 sont clairement décrit par Hilgard et al. (2019) comme ne fonctionnant pas du tout, les recommandations allant vers l’utilisation d’autres tests (3PSM, PET-PEESE) qui ne sont pas utilisés dans cet article. Bref, l’article m’a passablement énervé par sa médiocrité méthodologique, alors que son sujet est extrêmement important.

Martijn, F. M., Blagden, N., Baguley, T., Leroux, E. J., Mackay, J., & Seto, M. C. (2026). What about the family in intrafamilial child sexual abuse? There is significantly more familial dysfunction in families with intrafamilial child sexual abuse than in other families. Clinical Psychology Review, 123, 102690. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2025.102690


Milgram et L’obédience

Un article publié dans l'European Journal of Social Psychology réexamine les interventions de l'expérimentateur dans les célèbres expériences d'obédience de Stanley Milgram. Alors que ces expériences sont généralement présentées comme reposant sur une procédure très standardisée, les auteurs cherchent à déterminer dans quelle mesure l'expérimentateur s'écartait réellement du protocole prévu.

Pour cela, ils ont analysé les enregistrements audio de 136 séances et distingué les interventions prévues par la procédure des interventions dites « non procédurales », c'est-à-dire les commentaires ou comportements qui n'étaient pas prescrits par le protocole.

Les analyses montrent que ces interventions non procédurales étaient relativement rares. À l'exception de l'injonction « Please continue » (« Veuillez continuer »), chacune d'entre elles apparaît dans moins de la moitié des séances où les participants ont obéi jusqu'au bout, ainsi que durant les phases d'obéissance des séances qui se terminaient par une désobéissance. En revanche, « Please continue » est utilisée de façon quasi systématique et à de nombreuses reprises.

Les auteurs soulignent également que, si une séance avait été considérée comme « désobéissante » dès lors que l'expérimentateur devait recourir à une autre relance standard que « Please continue », le taux d'obéissance observé par Milgram aurait été nettement plus faible, même s'il serait resté exceptionnellement élevé.

Ces résultats conduisent les auteurs à remettre en question deux interprétations opposées : d'une part, l'idée que l'expérimentateur n'aurait joué qu'un rôle passif ; d'autre part, les approches plus récentes qui mettent l'accent sur des interventions explicites de persuasion, de manipulation ou de construction d'une identité commune. Ils proposent plutôt que l'influence de l'expérimentateur passait surtout par des interactions très discrètes, notamment la répétition de « Please continue », qui pouvait implicitement renforcer l'autorité de la situation et réduire le sentiment d'agentivité des participants.

Kaposi, D., Kacsuk, Z., & Hegarty, P. (2025). ‘Please Continue’: Implicit Communication and the Experimenter’s Interventions in Stanley Milgram’s Obedience to Authority Series. European Journal of Social Psychology, 56(1), 292–306. https://doi.org/10.1002/ejsp.70033

À noter que si vous voulez en savoir plus sur les multiples problèmes de l’étude de Milgram, je vous recommande chaudement la lecture des articles de Perry, notamment :

Perry, G. (2013). Deception and Illusion in Milgram’s Accounts of the Obedience Experiments. Theoretical & Applied Ethics 2(2):79–92. Project MUSE database.

Perry, G., A. Brannigan, R. A. Wanner, and H. Stam. (2020). “Credibility and Incredulity in Milgram's Obedience Experiments: A Reanalysis of An Unpublished Test.” Social Psychology Quarterly 83, no. 1: 88–106.


La surconfiance est-elle un trait psychologique ou un état qui peut se travailler et se modifier facilement ?

Cette question a fait l'objet d'une collaboration adversariale, réunissant des chercheurs défendant des positions opposées sur l'existence d'une surconfiance comme trait de personnalité. Pour départager ces hypothèses, les auteurs ont développé une nouvelle méthode : une série de tâches dont les participants savent que la réussite dépend essentiellement du hasard. Cette approche vise à mesurer la confiance en soi indépendamment des performances réelles. L'étude a été menée auprès de 942 adultes américains recrutés sur CloudResearch Connect.

Les résultats montrent que les niveaux de confiance des participants sont cohérents d'une tâche à l'autre, un résultat retrouvé aussi bien avec des analyses factorielles confirmatoires qu'avec les corrélations entre tâches. Autrement dit, certaines personnes se montrent systématiquement plus confiantes que d'autres, même lorsqu'elles savent que leur réussite ne dépend pas de leurs compétences. Ces résultats apportent ainsi des éléments en faveur de l'existence d'une surconfiance comme trait relativement stable, distinct de la performance réelle.

Binnendyk, J., Li, S., Costello, T., Hale, R., Moore, D. A., & Pennycook, G. (2025). Is Overconfidence a Trait? An Adversarial Collaboration. Psychological Science, 36(12), 941–951. https://doi.org/10.1177/09567976251401538


Le pilotprojekt Danois

Au Danemark, 122 personnes ont reçu 1200€ par mois sans aucune condition, pendant 3 ans. Qu’est-ce que cela a changé dans leur vie ?

Ils ne travaillent pas moins. Ils ne sont pas plus paresseux.

Ils se sentent plus maîtres de leurs décisions.

Ils se sentent mieux (augmentation du bien-être).

Ils se sentent plus en maîtrise de leur finance.

Ça ne change rien à ce qu’ils pensent ou ressentent.

Le reste à lire (en anglais) ici : https://www.pilotprojekt-grundeinkommen.de/en


L’acceptation quasi universelle de la science aux USA

Sur 782 participants en ligne américains, la majorité indique rejeter certains « faits scientifiques », mais l’immense majorité ne rejette pas la science en tant que telle (95 %). Même ceux qui sont conspirationnistes (qui croient que la terre est plate par exemple) supposent que le consensus scientifique est important. C’est une distinction cruciale entre la science et les scientifiques : on croit que la science c’est bien mais qu’il y a des scientifiques qui désinforment. Qu'il y ait des faits scientifiques qui sont vrais et des faits scientifiques qui sont faux. C’est intéressant car ce sont deux points communs aux scientifiques (la valeur scientifique du scepticisme organisé) et du complotisme.

Pfänder, J., Kerzreho, L., & Mercier, H. (2025). Quasi-universal acceptance of basic science in the United States. Public Understanding of Science, 35(2), 144–158. https://doi.org/10.1177/09636625251364407


L’image qui fait réfléchir

“manipuler expérimentalement X et observer son impact sur un comportement y” →
“Une étude transversale qui mesure X et Y pour faire une conclusion quasi-causale” →
“Une étude transversale avec un questionnaire autorapporté de X et Y” →
“Une étude sur vignette qui demande aux gens d’imaginer X arriver et leur comportement Y si ça arrive.” VOUS ÊTES ACTUELLEMENT ICI →
“Juste demander à ChatGPT si ton hypothèse est vraie.”


La partie pour les abonnés

Le corps n'oublie vraiment rien ?

En 2014, Bessel van der Kolk publie son ouvrage, le corps n'oublie rien (The Body Keeps the Score). Devenu rapidement une référence culturelle incontournable, l'ouvrage a profondément modifié la perception publique du traumatisme. Il a popularisé l'idée que le trauma n'est pas seulement un souvenir douloureux, mais une empreinte physiologique stockée dans le corps, nécessitant des approches de guérison qui dépassent la seule parole.

Pourtant, derrière ce succès de librairie et cette apparente bienveillance se cache une réalité plus complexe. En réalité, le livre cite des articles scientifiques très éloignés de ses arguments, est lié à de forts conflits d'intérêts et à une vision du trauma dangereuse pour les patients.

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Psycho Papers

Par Adrien Fillon

Adrien Fillon est post-doctorant au CNRS, LAPSCO à Clermont-Ferrand. Ses champs de recherche sont la psychologie sociale appliquée à l’éducation, la méta-science et la détection d’erreur.

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