Les mouches sont plus puissantes que vos valeurs morales.

Sa majesté des mouches indestructibles - La psychologie de la viralité - Le développement de nos valeurs morales - La fameuse courbe en U du bonheur - Quels effets ont les perceptions de classe sociale sur les individus ?  

Psycho Papers
5 min ⋅ 07/05/2026

Pardonnez mon retard de presque deux jours, les semaines avec des jours fériés c’est CHAUUUUD.

Sa majesté des mouches indestructibles

Des chercheurs ont cartographié la capacité de réplication des études sur l'immunité des drosophiles (les mouches). Sur 400 articles publiés entre 1959 et 2011, 80% des résultats décrits ont pu être vérifiés, pour seulement 61 % des articles plus récents.

Les chercheurs ont créé un site internet (ReproSci) permettant de partager les données sur le sujet, il n'apparait pas de différences notables entre ces données et celles de la littérature scientifique, ce qui signifie que la littérature est globalement assez transparente. Cela est encourageant, ces chiffres étant bien plus élevés que dans d'autres champs de recherche.  

Lemaitre, J., Popelka, D., Ribotta, B., Westlake, H., Chakrabarti, S., Xiaoxue, L., Hanson, M. A., Jiang, H., Di Cara, F., Kurant, E., David, F., & Lemaitre, B. (2025). A retrospective analysis of 400 publications reveals patterns of irreproducibility across an entire life sciences research field. openRxiv. https://doi.org/10.1101/2025.07.07.663460


La psychologie de la viralité  

Cet article utilise la métaphore du virus pour expliquer comment les fausses informations peuvent (ou non) se répandre sur les réseaux sociaux et dans la vie.

De même que des interventions (comme des vaccins) permettent de les éviter

Ils rappellent également que les personnes savent que le contenu qui divise a plus de chance d'être viral mais n'en veulent pas. Les gens veulent du contenu positif mais quand on leur montre ils s’en fichent :

C'est le paradoxe de la viralité.  

Rathje, S., & Van Bavel, J. J. (2025). The psychology of virality. Trends in Cognitive Sciences, 29(10), 914–927. https://doi.org/10.1016/j.tics.2025.06.014 

L’article est en libre accès ici : https://osf.io/preprints/psyarxiv/w742u_v2


Le développement de nos valeurs morales

Des gens (je sais pas qui ils sont, faut les retrouver ceux-là pour qu'ils s'expliquent) disent qu'au cours de notre vie, nos valeurs morales s'étendent. Si les enfants ne voient leurs valeurs morales que par leurs parents (seuls mes parents peuvent souffrir et il faut pas les faire souffrir), les adultes, eux, sont empathiques de plus de monde, VOIRE DE L'HUMANITÉ TOUT ENTIÈRE, QUE C'EST BEAU JE CHIALE PTN. L'histoire récente de mon fils qui essaye de me faire la bagarre à peu près toutes les 30 minutes m'amène à penser qu'ils ont peut-être un petit peu tort.

Et c'est le cas, on observe dans de nombreux jeux de données des “contrictions morales”, c'est à dire des adultes dont les valeurs morales se réduisent avec le temps pour se focaliser sur des personnes proches d'eux, au niveau relationnel (la famille proche), physique (les personnes proches dans l'espace physique) et phylogénétique (les humains plutôt que les autres animaux). Autrement dit, les théories du développement moral type Kohlberg, ça marche pas très bien ou c’est en tout cas très limité.

En voilà un peu de complexité dans le développement des valeurs morales.

Marshall, J., Wilks, M., Caviola, L. et al. When development constricts our moral circle. Nat Hum Behav9, 1537–1545 (2025). https://doi.org/10.1038/s41562-025-02212-7  


La fameuse courbe en U du bonheur  

Vous la connaissez ? C’est cette courbe qui nous dit qu'on est très heureux quand on est petit, puis de plus en plus malheureux, mais après 55 ans ça repart vers du mieux jusqu'au pinacle de la vieillesse. Et de ce fait ça fait une courbe en U.  

Pour mes dépressifs trentenaires, réjouissez-vous ou dramatisez un peu moins, il semblerait que cette courbe ne soit pas top top et que vous soyez plus positifs qu'espéré.  

En effet, en utilisant 17 mesures de la joie de vivre, les chercheurs se sont rendu compte qu'elles produisaient des effets bien différents au cours du temps. En fait, cette courbe en u n'apparait que quand on prend certains effets en variable de "contrôle" mais pas forcément les mêmes selon les mesures. Cela a poussé les chercheurs à des pratiques de recherche questionnables, les amenant à contrôler certains facteurs et pas d'autres pour trouver cette courbe en U dans les recherches, plutôt que de ne pas les contrôler.

Bernier, H., & Protzko, J. (2025). The U-Curve of Happiness is not Consistent Across Measures. Center for Open Science. https://doi.org/10.31234/osf.io/7y3wf_v2  


Quels effets ont les perceptions de classe sociale sur les individus ?  

En quoi être d'une classe aisée ou pauvre modifie notre psychologie ? C'est la réponse apportée par cet article sur plus de 33,536 participants de 4 pays différents, testant des variables psychologiques aussi larges que la justification du système, le narcissisme, le soutien social reçu ou encore les comportements non éthiques. Ces variables ont été choisies car elles proviennent d'études publiées et les auteurs en ont fait une réplication à large échelle.  

Environ 50% des études ont été répliquées. Curieusement, la manière d'opérationnaliser la classe sociale (en prenant en compte la durée de l’éducation, le salaire etc..) et le pays, donc l'impact culturel, comptaient presque pour rien dans la variation de l'effet de la classe sociale.  

Les hypothèses directement liées aux différences entre les contextes de classe sociale “réelles” ont été vérifiées. Cependant, les hypothèses dérivées de modèles qui opposent les individus des classes sociales inférieures et supérieures en termes d'orientation (Dans certaines classes, on se concentre sur soi-même tandis que dans d’autres on s’intéresse plus aux autres) n'ont pas été reproduites avec autant de succès.

En fait, c’est curieux et peu intuitif mais les individus des classes sociales supérieures, par rapport à ceux des classes sociales inférieures, ont tendance à être davantage centrés à la fois sur eux-mêmes et sur les autres. Elles prennent plus de risques et de décisions morales utilitaires.

Enfin, le fait de s’identifier à sa classe sociale, de considérer que la société est juste ou de vivre dans un endroit où la segmentation sociale est plus marquée contribue à creuser les différences psychologiques entre les classes sociales. 

Pré-enregistrement : Oui

Données accessibles : Oui

Batruch, A., Sommet, N. & Autin, F. Advancing the psychology of social class with large-scale replications in four countries. Nat Hum Behav (2025). https://doi.org/10.1038/s41562-025-02234-1  


L’image qui fait réfléchir

Sur l’importance de la visibilité des vélos qui doivent être tous extrêmement visibles avec des gilets jaunes. La police du Royaume-Uni répond : “Nous avons des voitures couvertes de jaune fluo avec d’énormes lumières bleues et les conducteurs de voiture NE NOUS VOIENT QUAND MÊME PAS.”


La partie pour les abonnés

Quel intérêt de faire des études sur les jumeaux ?

Kathryn Paige Harden, psychologue américaine, défend l’idée que les études sur les jumeaux restent scientifiquement intéressante, malgré les critiques récurrentes sur leur capacité à estimer correctement l’héritabilité. Elle raconte notamment qu’au début de sa carrière, ces recherches étaient considérées comme dépassées, mais qu’elles ont finalement résisté au temps, contrairement à certaines hypothèses génétiques aujourd’hui discréditées.  

...

Psycho Papers

Par Adrien Fillon

Adrien Fillon est post-doctorant au CNRS, LAPSCO à Clermont-Ferrand. Ses champs de recherche sont la psychologie sociale appliquée à l’éducation, la méta-science et la détection d’erreur.

Les derniers articles publiés