Des lamas pour nous protéger et beaucoup de confiance perdue

Testament de perte de confiance - Trop d'incertitude - Non aux évaluations des enseignantes - Crache-moi dessus, ça me rend vivant - Un monde sans complot

Psycho Papers
5 min ⋅ 17/06/2026

Testament de perte de confiance  

Ces testatements sont des billets de blog produits par des chercheurs sur le fait qu'ils ne croient plus à des effets qu'ils ont étudiés dans le passé. Je vous avais déjà partagé dans la newsletter 66 celui de Michael Inzlicht sur le contrôle de soi. Il y a aussi celui de Julia Rohrer sur la correction de soi. Voici celui de Ian Hussey sur l'Implicit Relational Assessment Procedure (je ne trouve pas de définition en français, on pourrait parler de procédure d'évaluation relationnelle implicite). Je vous laisse lire l'article Wikipédia si cela vous intéresse : https://en.wikipedia.org/wiki/Implicit_Relational_Assessment_Procedure et l'article de Ian https://mmmdata.io/posts/2025/07/loss-of-confidence-statement/ qui, globalement, démonte minutieusement tout cet effet.  

Au-delà du testament de Ian, de nombreux autres exemples existent, et je pense que ces retours que font les chercheurs sur leur parcours sont très importants dans la construction de nos théories. Autrement dit, si je trouve de la valeur aux méta-analyses pour synthétiser des effets, je pense que les revues narratives ou même des billets de blog des experts sur leur propre sujet ont une valeur encore plus forte encore.


Quand il y a trop d'incertitude  

Imaginons que vous lanciez une pièce. Si c'est pile, je vous donne 20euros. Si c'est face, vous me donnez 10euros.

Accepteriez-vous ce pari ? Probablement.

Mais qu'en serait-il si les enjeux étaient plus importants ? Imaginons, par exemple, que si c'est pile, je vous donne 200 000 euros, et si c'est face, vous m'offrez 100 000 euros.

Quand on parle de risque, on parle souvent des probabilités, moins de l'impact financier en jeu. Kelly a créé un critère pour déterminer un seuil de risque acceptable. Selon lui, on peut se référer à la loi :

f = p - (1-p)/b.

Appliquons cette loi à un lancer de pièce. p = 0.5, une chance sur deux. b est le ratio de risque de gain sur le risque de perte, ici 2 car si je gagne, je gagne deux fois plus que je perds. f est donc égal a 0,25. Cela signifie que la somme que je mise ici ne doit jamais être supérieure à 25% de tout l’argent que j’ai. C’est la raison pour laquelle le ratio 20euros/10euros est acceptable parce que j’ai largement plus d’argent, mais que le ratio 200 000/100 000 ne l’est pas parce que je suis pas riche non plus et je n’ai pas largement plus que 200 000 euros sur mon compte en banque.

Une fois qu’on a ce critère, on peut faire des choix risqués un peu plus raisonnés. Un deuxième exemple.

Imaginons deux boutons, un à gauche et un à droite. Celui de gauche donne 1 million d’euros, celui de droite donne 50% de chances d’obtenir 100 million d’euros et 50% de chances de ne rien avoir du tout.

À partir de quand il est plus rationnel d’appuyer sur le bouton de droite que sur le bouton de gauche ?

Pour le bouton de gauche, la chance de chaque option est de 50% donc p = 0,5 et la chance de gain est de 100 à droite versus 1 à gauche, donc b = 99 (100-1) ce qui donne un f = 0,495. Il faut donc 0,99/0,495 soit 2,02 million d’euros dans votre banque, pour préférer le choix de droite au choix de gauche.

  J’en retiens deux informations : quand on fait des choix de vie, on ne s'intéresse pas seulement aux probabilités absolues mais à la confiance que l'on a dans ces probabilités et aux sous qu’on a au départ. En tant que chercheur, j’ai été bercé aux études de Tversky et Kahneman sur l’aversion à la perte, les coûts irrécupérables, etc. Je suis bien content de voir qu’il existe aussi des manières de quantifier le moment précis où même si le risque de perte est importante, elle est acceptable.  

À lire ici : https://kucharski.substack.com/p/how-much-uncertainty-is-too-much  


Crache-moi dessus, ça me rend vivant

Des chercheurs se sont inspirés de lamas et d'alpagas pour créer des anticorps spécifiques (des nanocorps) pouvant protéger des morsures de serpents venimeux. Pour l'instant, ça marche pas sur tous les types de serpents et que sur les souris (qui se sont fait mordre) et pas testé sur les humains, mais si ça marche, ça permettrait de faire des antivenins moins chers et plus faciles à utiliser.  

https://www.science.org/content/article/innovative-antivenom-potential-game-changer-snakebites


Arrêtons encore d’évaluer les enseignantes

Au cours de plusieurs newsletters, nous avons discuté du fait que les enseignantes étaient perçues comme moins compétentes, plus sévères, moins drôles et moins intéressantes que les enseignants, ce qui amène à des évaluations générales plus défavorables de la part des élèves, basées sur le genre de l’enseignante.

Nous avions également vu qu’au Royaume-Uni, des interventions pour réduire ce biais n'ont jamais été efficaces.

Une revue systématique confirme ce biais à travers les SET (Student Evaluation of Teaching), donc les évaluations de fin d'année, qui, dans toutes les études sur le sujet, défavorisent les femmes enseignantes. Néanmoins, la revue concède que les études ne sont pas toutes de bonne qualité et qu’il faudrait les améliorer, bien qu’il me semble que les effets semblent également être bien mis en évidence dans les observations en dehors des expérimentations.

Valencia, E., Ibáñez Flores, A., & Navarro-Ibáñez, M. (2025). What Have We Learned About the Instructor’s Gender Effect on Student Evaluation of Teaching From Experimental and Quasi-Experimental Research? Review of Educational Research. https://doi.org/10.3102/00346543251379479


Un monde sans complot

Il est dit que les théories du complot sont un risque pour la démocratie, parce qu’elles amènent les gens à douter des autres et ne plus faire confiance. Mais que penser de l'inverse ? Est-ce qu'un haut niveau de démocratie, associé à une liberté de parole plus élevée, produit plus de théories du complot ?

En observant le lien entre degré de démocratie dans un pays et la croyance dans les théories du complot, les chercheurs observent un lien positif, qui disparait quand on contrôle pour la corruption et le fait que la démocratie est de type électoral. De deux études expérimentales, c'est en réalité avoir une faible liberté de parole qui augmente les croyances dans les théories du complot.  

Autrement dit, le niveau de corruption, qui est censé augmenter la croyance dans les théories du complot (parce qu’il augmente forcément les vrais complots), ne l’augmente pas tant que ça, alors que le niveau de liberté de parole, qui ne devrait pas influencer les croyances dans les théories du complot (qui sont des croyances, pas des discours), est un prédicteur principal de ces croyances. Comme le dit Paul Bertin, le premier auteur, les croyances dans les théories du complot ne sont pas tant des croyances individuelles que des croyances de groupe. Mon groupe va donc avoir tendance à avoir plus de croyances en des théories du complot s’il est menacé par un autre, par exemple en l’empêchant de communiquer.

Pré-enregistrement : Oui

Données libres : Oui

Bertin, P., Tognon, E., Nera, K., Bajraktari, R., Klein, P., Yzerbyt, V., & Klein, O. (2025). The Impact of Freedom of Speech on Conspiracy Beliefs. European Journal of Social Psychology, 56(1), 115–130. https://doi.org/10.1002/ejsp.70029


L’image qui fait réfléchir

”-Notre relation est platonique depuis un certain temps et … je pensais …
-qu’elle pourrait peut-être devenir socratique ?
-Pourquoi ?
-Parfait.”


La partie pour les abonnés

“Les diagnostics psychiatriques standardisés ne sont pas fiables”, selon l'article d’Alexandre Popovitch sur Science et Vie : Les diagnostics psychiatriques standardisés ne sont pas fiables, c'est la conclusion d'une méta étude internationale - Science et vie. 

L’article du blog cite l’article scientifique vulgarisé, le voici : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2849585  

En le lisant, nous découvrons tout d’abord que cette méta-analyse ne s’intéresse pas aux “diagnostics standardisés” mais à 13 guides d’entretiens standardisés. Autrement dit, pas aux questionnaires standardisés qui devraient être fiables, eux. Au contraire, il paraît plutôt normal d’avoir de la variabilité pour les entretiens. 

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Psycho Papers

Par Adrien Fillon

Adrien Fillon est post-doctorant au CNRS, LAPSCO à Clermont-Ferrand. Ses champs de recherche sont la psychologie sociale appliquée à l’éducation, la méta-science et la détection d’erreur.

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