Une nouvelle étude de psilocybine sans preuve d’effet
L’étude EPIsoDE, publiée en 2026 dans Neuroscience Applied, évalue l’efficacité et la sécurité de la psilocybine chez des patients souffrant de dépression résistante aux traitements. Cet essai clinique randomisé, en double centre et contrôlé par placebo actif, a inclus 144 participants répartis entre trois groupes : psilocybine à forte dose (25 mg), psilocybine à faible dose (5 mg) et nicotinamide (placebo actif). Les participants ont reçu deux administrations espacées de six semaines, accompagnées d’un soutien psychothérapeutique. L’objectif principal était d’évaluer la réponse antidépressive à six semaines, définie par une réduction d’au moins 50 % du score à l’échelle de dépression de Hamilton.
Des 47 patients testés dans cette étude avec la psilocybine à la plus haute dose, on observe une légère réduction des symptômes dépressifs en semaine 6 par rapport au début de l’essai, mais cette diminution n’était pas différente du groupe contrôle traité par nicotinamide (de la vitamine B3).
Les auteurs expliquent que même si le résultat principal est négatif, des analyses secondaires indiquent que la psilocybine était, dans l’étude, sans effet secondaire important et efficace dans le sens où il y avait une diminution des symptômes dépressifs au cours du temps. Soit, mais pas plus qu’un placebo.
Mertens, L. J., Koslowski, M., Betzler, F., Brand, M., Evens, R., Krätner, L., Jungaberle, A., Jungaberle, H., Majić, T., Schmitz, C. N., Ströhle, A., Scharf, D., Spangemacher, M., Wolff, M., Assadi, Z., Scharif, B., Becher, L., Färber, L. V., Kirchen, N., … Gründer, G. (2026). Efficacy and safety of psilocybin in treatment-resistant major depression (EPIsoDE): Results of a randomized active placebo-controlled trial. Neuroscience Applied, 5, 105779. https://doi.org/10.1016/j.nsa.2025.105779
Biomarqueur d'inflammation du trouble dépressif majeur
Une revue « parapluie » (umbrella review) est consacrée aux liens entre les biomarqueurs inflammatoires et la réponse aux traitements du trouble dépressif majeur. L’objectif est de synthétiser les résultats de revues systématiques et de méta-analyses déjà publiées afin d’évaluer la solidité des connaissances disponibles. Les auteurs s’intéressent notamment aux cytokines et à d’autres marqueurs d’inflammation, et à leur association avec la réponse aux antidépresseurs et à d’autres interventions thérapeutiques, comme l’électroconvulsivothérapie. L’objectif est de déterminer si ces marqueurs biologiques pourraient aider à mieux comprendre l’hétérogénéité de la dépression et à identifier les patients susceptibles de répondre différemment aux traitements.
La revue a retenu huit méta-analyses portant sur les traitements antidépresseurs et l’électroconvulsivothérapie. Pour les antidépresseurs, certaines méta-analyses associent une CRP (protéine C-réactive) et une interleukine-8 plus faibles avant traitement, ainsi qu’une diminution de certains médiateurs inflammatoires pendant le traitement, à une meilleure réponse clinique, tandis que d’autres ne trouvent aucun lien. Pour l’électroconvulsivothérapie, quelques associations ont également été rapportées, notamment avec la CRP et l’interleukine-6, mais elles ne restent pas significatives après correction statistique.
Finalement, les auteurs indiquent que les résultats sont incohérents, les effets, quand ils sont trouvés, sont trop faibles pour pouvoir éventuellement être utilisés dans des prédictions et les résultats ne peuvent pas servir à des décisions cliniques.
Baxter, L., Utulu, N., Utulu, F., Utulu, S., Li, L., Strawbridge, R., Powell, T. R., & Rucker, J. (2026). An umbrella review of inflammatory biomarkers and their relationship to treatment response in MDD. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 188, 106806. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2026.106806
Le questionnaire le plus populaire sur la dépression est mal compris
Le questionnaire PHQ-9 est un questionnaire permettant rapidement de diagnostiquer des symptômes de dépression. En 2025, un groupe de chercheurs montrait que le changement des réponses à travers le temps dans les mesures longitudinales ne reflétait pas forcément une amélioration des symptômes, mais plutôt une manière différente des participants d’interagir avec le questionnaire (https://link.springer.com/article/10.1007/s11126-025-10208-9)
Dans un nouvel article (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0165032726006774), 23 patients diagnostiqués avec une dépression ont été testés et l’article montre que le questionnaire confond deux effets, celui de la fréquence des symptômes et celui de la sévérité des symptômes. Un troisième article montre que dans une population générale, 54% des participants ont correctement répondu au questionnaire, et seulement 20% ont compris les instructions. Chez des patients dépressifs, c’est 15% des participants qui ont correctement répondu et 10% qui ont compris correctement les instructions (https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/article-abstract/2842842).
Cela amène de nombreux chercheurs sur Bluesky à s'interroger : “ Pourquoi est ce que l’on utilise autant ce questionnaire si les répondants n’arrivent pas à répondre correctement aux questions ?
Mickael Worms-Erminger conclura :
“ Rien de tout cela n’invalide la mesure en santé mentale. Mais cela invite à un déplacement du regard : cesser de traiter la validité comme une propriété purement statistique (fiabilité, structure factorielle, corrélations), et la penser aussi comme une question de compréhension (les gens lisent-ils et interprètent-ils ce qu’on croit ?), de représentativité (de qui capture-t-on la voix ?) et d’effets (que fait l’outil aux personnes qui le remplissent ?).
Une réponse n’a de sens que si la personne a compris la question. »
https://communication-santementale.fr/227-formes-de-depression-en-quelques-cases/
ONLYMARMS
Suite aux coupes de financement des programmes de recherche américains, des chercheurs ont commencé à mettre des photos demarmottes sur OnlyFans, une plateforme vendant du contenu pour adulte. Les auteurs indiquent que ce type de financement est normal, puisque les marmottes ne portent pas de vêtement. Ils gagnent environ 100 dollars par jour par cette activité, ce qui leur permet de continuer leurs recherches. Ils ont également lancé leur propre crypto, le ONLYMARMS. Au total, ces efforts ne permettent que de payer un seul chercheur par an, sur un revenu qui est vraisemblablement très précaire. Tout cela serait drôle si ce n’était pas si triste.
Yates, E. (2026). These rodent OnlyFans stars are helping to fund scientific research. Nature. https://doi.org/10.1038/d41586-026-02550-0
La prévalence du TDA-H au Royaume-Uni bondit
BMJ sonne l’alarme : au Royaume-Uni, la prescription de médicaments pour traiter les symptômes de TDAH a bondi de 40% en deux ans, passant de 190 000 personnes traitées en 2024 à 267 000 en 2026. C’est également 17% de plus chez les enfants.
Nous ne connaissons pas les chiffres français, les plus récents datant de 2021 et indiquant autour de 100 000 adultes ayant un traitement, avec une forte incertitude. Pourtant, l’assurance maladie “alerte sur l'explosion des prescriptions de Ritaline en Île-de-France pour traiter le TDAH”. Si cette explosion existe (+122%), c’est, selon Anna Boctor, pédiatre, parce que trop peu de personnes étaient diagnostiquées et soignées, ce qui est toujours le cas, mais un peu moins.
Sur le cas anglais : https://doi.org/10.1136/bmj-2026-100415
Sur le cas français : https://www.franceinfo.fr/sante/handicap/l-assurance-maladie-alerte-sur-l-explosion-des-prescriptions-de-ritaline-en-ile-de-france-pour-traiter-le-tdah_8240278.html
L’image qui fait réfléchir
“Les gens qui ne font pas la différence entre « entomologie » et « étymologie » nous embêtent d’une façon que nous ne saurions mettre en mots.”
La partie pour les abonnés
Une découvre de problème sur un article qui a découvert des problèmes sur la mesure des jeux d’argent (oui c’est méta)
Début 2026, des chercheurs remettent en cause la mesure des addictions aux jeux (d’argent, de hasard, ou jeux vidéo). Selon eux, et après analyse de 500 études, il y aurait de grosses confusions langagières dans les mesures : en fait le terme anglais gaming et gambling n’est pas vraiment correctement traduit dans les autres langages. Gaming porte sur le fait de jouer pour l'amusement, tandis que gambling signifie jouer de l’argent ou, plutôt en français, miser de l’argent. Or, dans la plupart des questionnaires, on utilise le terme jouer indifféremment, ce qui pose de graves problèmes de compréhension. Jouer au casino ne signifie pas la même chose si on parle de se divertir ou de miser de l’argent dans l’objectif d’en gagner plus.
Avant les vacances d’été 2026, Malte Elson et son groupe Bernois de lecture ont discuté ensemble de l’article et se sont rendu compte… qu’il était plein d’erreur.
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