Retour de vacances en fanfare avec la rédaction d’un article pour le collectif ASSEZ (A!C) intitulé “Pourquoi les mères allaitent (ou pas).” J’y vulgarise deux articles portants sur les émotions associées à l’allaitement et comment le contexte social influence ces émotions. C’est à lire ici : https://collectifassez.com/pourquoi-les-meres-allaitent-ou-pas/
Mentor menteur
Quelle ne fut pas la surprise quand le médecin et neuroscientifique Matthew Schrag a découvert une notification lui indiquant que 2 de ses articles datant d’il y a plus de 15 ans ont été suspectés de posséder des images modifiées (photoshopées quoi). Ces images portaient sur des résultats importants, sur le traitement de la maladie d’Alzheimer. Il se trouve qu’il n’y avait qu’un seul co-auteur à ces deux articles, son superviseur de stage qui deviendra également son directeur de thèse, Othman Ghribi.
Il l’appelle au téléphone pour lui demander de rendre des comptes. Ghribi ne fut pas long à expliquer qu’il y avait effectivement des “problèmes” dans ces images. Selon lui, les résultats ne sont pas faux, mais grandement exagérés. Il expliqua également qu’en réalité, il y a de nombreuses études posant “problème” qui sont sorties de son laboratoire.
Ghribi appela les éditeurs par la suite pour demander d’exonérer Schrag de toute responsabilité sur ces fraudes. Ayant changé d’université, il n’a pas gardé les images et a supprimé l’ensemble des données brutes lors de sa relocalisation.
Schrag ne supportant pas d’avoir de la fraude dans ses études, demanda aux éditeurs de rétracter immédiatement ses deux études problématiques. Il demanda ensuite à des experts de vérifier l’ensemble du travail de Ghribi pour rechercher d’autres manipulations d’images. Ils ont trouvé que c’était le cas pour 33 études publiées entre 2001 et 2019, dont les deux par Schrag en 2006.
Il contacta ensuite l’ensemble des éditeurs qui se dirent surpris car Ghribi semblait être totalement intègre. Sur les 33 études, à part les deux de Schrag, aucune n’est pour l’instant retractée.
M. Schrag reconnaît l'influence précoce de M. Ghribi sur sa carrière et se sent triste des méfaits apparents de son ancien mentor. Mais Schrag dit qu'il a été confronté à l'impératif de corriger le dossier scientifique, y compris les travaux dans lesquels il a joué un rôle. "Il faut avoir un engagement quasi religieux envers l'intégrité de la recherche. Si les règles s'appliquent aux autres, elles doivent s'appliquer à nous tous", déclare-t-il.
Nuit mortelle
En 2020, des chercheurs ont rapporté une augmentation du taux de suicide dans la zone d’Oulu, en Finlande. Mais seulement chez des jeunes femmes, et seulement en hiver.
La question est, pourquoi ?
L’explication apportée est que la nuit jouerait plus fortement sur l’humeur des femmes que des hommes (en plus de possibles carences en vitamine D etc.). Une recherche en Autriche a essayé de voir si l’effet existait également, mais ce ne fut pas le cas. Évidemment, les commentateurs ont expliqué que l’Autriche était très éloignée de la Finlande et qu’il était préférable d’essayer de tester l’effet dans les pays du nord. C’est chose faite.
Les chercheurs ayant fait l’étude en Autriche ont tenté à nouveau de répliquer l’effet en Suède, sans résultat non plus. Ils ont en plus testé s’il y avait des différences entre les villes avec plus de lumière artificielle ou moins, sans résultat non plus. Il semblerait donc que l’étude finlandaise soit un faux positif et qu’il n’y ait pas de lien entre la nuit et le risque de suicide, ni entre la nuit et le risque de suicide spécifiquement chez les femmes.
https://www.nature.com/articles/s41380-022-01823-0
Est-ce-que sourire rend heureux ?
Une énorme étude incluant 49 auteurs, dont certains pensaient que sourire rend heureux et d’autres non, a été menée dans le monde entier (il y a deux pays africains inclus, le Nigeria et le Kenya). C’est une hypothèse très importante, car elle lie les émotions et le corps.
L’hypothèse du feedback facial (que les muscles de notre visage nous donnent des indications sur nos émotions) est controversée. L’étude la plus célèbre est celle du “stylo dans la bouche”. Il suffirait de mettre un stylo dans sa bouche pour sourire et ça rend plus heureux. En 2016, une étude a testé cet effet 17 fois sans jamais trouver aucun résultat. On se trouve dans une situation ou des centaines de recherches depuis 50 ans indiquent que sourire rend heureux, mais une très rigoureuse ne trouve aucun effet du tout. On est donc face à une controverse.
Les chercheurs ont conduit une nouvelle étude rigoureuse en comparant 6 groupes. À la moitié des participants, ils ont montré des images positives. À l’autre moitié, ils ont montré des images neutres. Dans le même temps, ils ont demandé à 1/3 des participants d’imiter un acteur ayant des expressions de joie réelle (le sourire, les pâtes d’oies et tout). À 1/3 ils ont demandé de sourire uniquement. À 1/3 ils ont demandé de mettre le stylo dans la bouche pour se forcer à sourire.
12 cases : les 6 de gauches sont les émotions positives, 6 de droites négatives, 4 en souriant pour de vrai, 4 en souriant pour de faux et 4 avec un stylo dans la bouche.
Au total, il y avait 3878 participants.
Les résultats ?
Les participants indiquaient être plus heureux pour les images joyeuses et neutres que sans stimuli, et pour les vrais gros sourires et les sourires simples que pour le stylo dans la bouche. Il semblerait donc que l’hypothèse du feedback facial fonctionne et ça, c’est une bonne nouvelle pour la théorie.
Par contre, dans aucun cas le “stylo dans la bouche” n’a fonctionné. N’intégrez donc pas de mangeage de stylo dans votre morning routine.
Donc l’hypothèse du feedback facial fonctionne, mais avec une taille d’effet très faible. Un gros bravo pour cet énorme travail d’équipe qui permet d’en savoir beaucoup plus sur le fonctionnement de nos émotions.
https://www.nature.com/articles/s41562-022-01458-9
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