Le sexisme diminue - Restriction de la liberté d'expression et théories du complot - L'IA dans la rédaction d'articles scientifiques - Une nouvelle solution pour gérer la douleur - la fin du monde


Aujourd’hui, une newsletter un peu particulière, parce que écrite en collaboration avec Charlyne Donel, stagiaire au LAPSCO durant deux semaines. Bonne lecture !
Ce phénomène a été observé dans une méta-analyse. Les chercheurs font cependant une distinction entre deux types de sexisme, le sexisme hostile et le sexisme bienveillant. Le sexisme bienveillant est un terme utilisé par les auteurs pour parler d’attitudes positives qui maintiennent les inégalités. En faisant un suivi longitudinal entre 1996 et 2023 les auteurs indiquent que ces deux formes baissent, et que l’acceptation des attitudes sexistes baisse également. Cette baisse est cependant relativement faible.
Baisse du sexisme hostile en fonction des années, pour les hommes en bleu et femmes en rouge.
Idem pour le sexisme bienveillant. On observe qu’il baisse moins et la différence est moins marquée entre les hommes et les femmes.
La force de cette diminution varie d’un pays à l’autre. Certains pays observent même des stagnations. De plus, le sexisme reste prévalent dans la majorité des pays, et contribue à maintenir les inégalités de genre. Même si les normes sociales changent, amenant à réduire le sexisme hostile, le sexisme bienveillant reste présent et maintient les inégalités.
Préenregistrement: Oui (https://osf.io/9pmhn)
Données accès libre : Oui
Source : Hammond, M. D., Singh, N., & Karl, J. A. (2025). The global decline in sexism: A multilevel meta-analytic review of trends in countries’ hostile sexism, benevolent sexism, and gender inequality over time.Psychological Bulletin, 151(8), 941–985. https://doi.org/10.1037/bul0000485
Dans une série de 5 études, les chercheurs ont testé le lien entre la liberté de parole dans une société, son niveau de démocratie et la croyance en des théories du complot. Et la liberté d’expression dans une société semble jouer un rôle majeur dans la croyance en des théories du complot.
Restreindre la liberté de parole, ou l’expression de la démocratie, favorise l’émergence de croyances complotistes. En effet, dans les scénarios où l’information est filtrée/contrôlée, avec une faible liberté d’expression, les théories du complot ont paru plus probables pour les participants.
Cependant, deux remarques peuvent être faites. En premier, ces “5” études ont été obtenus dans un contexte fictif en laboratoire, avec des scénarios. Dans un second temps, l’étude se concentre sur l’absence de liberté d’expression. Cependant, la causalité inversée n’est pas évidente : une forte liberté d’expression ne va pas forcément réduire la croyance en des théories du complot.
Préenregistrement : Oui
Données libres: Oui
Source : Bertin, P., Tognon, E., Nera, K., Bajraktari, R., Klein, P., Yzerbyt, V., & Klein, O. (2025). The Impact of Freedom of Speech on Conspiracy Beliefs. European Journal of Social Psychology. https://doi.org/10.1002/ejsp.70029
Cette étude a indiqué que les chercheurs en sciences sociales et comportementales qui utilisent l’intelligence artificielle publient davantage d’articles, et plus d’articles dans des revues prestigieuses. Il y aurait donc un double avantage à utiliser l’IA : une réduction de la charge de travail, et une amélioration de la qualité de publication.
Ça semble parfait, moins de travail et un travail de meilleure qualité ?
Pas si vite. En réalité, la qualité est ici évaluée par la publication dans des revues prestigieuses. Or, si vous avez suivi un petit peu mon travail en méta-science ou mon podcast “Répare ta science” vous savez que ce critère ne garantit absolument pas une amélioration réelle du contenu scientifique. L’IA se conforme peut-être juste aux attentes des éditeurs, et permet de faire passer un article pour crédible, sans pour autant qu’il y ait une meilleure qualité scientifique sur les autres critères (pré-enregistrement, transparence, reproductibilité, qualité des méta-données etc.).
Préenregistrement : Non
Données libres: L’article est un préprint (avant revue par les pairs) et utilise des données externes
Source: Filimonovic, D., Rutzer, C., & Wunsch, C. (2025). Can GenAI Improve Academic Performance? Evidence from the Social and Behavioral Sciences (Version 1). arXiv. https://doi.org/10.48550/ARXIV.2510.02408
La prise en charge des douleurs de nos jours repose surtout sur les opioïdes. Agissant directement sur le cerveau, ce sont les traitements les plus efficaces, mais ils sont associés à des effets secondaires importants. En effet, les opioïdes présentent des risques majeurs d’addiction. Ils n’agissent pas seulement sur les circuits de la douleur, mais aussi sur ceux du plaisir. Les opioïdes vont faire augmenter la production de dopamine, ce qui active ce circuit et donc provoque une sensation de plaisir. Lors d’une utilisation chronique, le patient devient désensibilisé et va développer une tolérance qui va nécessiter une augmentation des doses entrainant un risque d’addiction plus élevée.
C’est face à ces risques qu’un nouveau traitement est apparu, le Journavx. Au lieu d’agir sur le système nerveux central et donc sur le circuit de la récompense, Journavx agit sur le système nerveux périphérique, en particulier sur la transmission de l’information électrique dans les nerfs. Ainsi, il va bloquer (en partie) la transmission des signaux douloureux avant même qu’ils atteignent le cerveau.
Bien que prometteur, Journavx ne peut pas encore remplacer les opioïdes. Journavx réduit les signaux de certains canaux de douleur, mais ne bloque pas totalement la douleur ressentie dans le cerveau. De plus, il permet d’agir sur les douleurs aiguës, mais rien n’a encore été démontré pour les douleurs chroniques. En effet, dans les douleurs chroniques, une habituation à la douleur existe déjà dans le cerveau, ce qui réduit l’efficacité de ce type de médicament. Bien que prometteur, Journavx ne résoudra probablement pas les problèmes de douleurs chroniques, notamment l’addiction aux opioïdes.
>La source de cet article est un billet de blog, mais il a été discuté par Saloni Dattani, une chercheure en épidémiologie qui fait les “tops” des médicaments chaque année et que je trouve très fiable.
https://www.worksinprogress.news/p/the-first-non-opioid-painkiller
Chaque grande société a fini par s’éteindre, et bien qu'elles soient toutes différentes, leurs effondrements semblent avoir des points communs. En effet, le même schéma revient. En premier, on observe une concentration du pouvoir associée à une forte inégalité. Ces sociétés vont ensuite accumuler des richesses et des ressources au profit de « l’élite », appauvrissant le reste de la population. L’histoire a montré de nombreuses fois que l’augmentation de l’inégalité des richesses dans une civilisation précède l’effondrement de cette dernière. Dr Kemp donne de nombreux exemples tels que le peuple Maya, la dynastie Han en Chine ou encore l’empire romain occidental. Cela fait forcément écho à notre époque. Mais dans notre société actuelle, nous possédons un système économique mondial dans lequel les élites possèdent une force politique importante, et les pays majeurs ont une force nucléaire. Le docteur Kemp, interviewé pour The Guardian, explique que cette particularité pourrait produire un effondrement mondial plus important que par le passé. Avec une difficulté accrue de rééquilibrer les ressources par la suite.
L’effondrement mondial n’est pas une fatalité, et nous pouvons agir maintenant pour l’éviter, selon Kemp, en prenant de bonnes décisions économiques, et en favorisant déjà l’égalité de l’allocation des ressources.
Alors non, on ne peut pas prédire la fin du monde, mais cet article nous amène à nous questionner sur notre impact et nos choix collectifs.
>Un article éditorial du Guardian qui est plutôt une opinion qu’un article scientifique, mais avec l’entretien du Dr Luke Kemp, chercheur au Centre pour l’étude des risques existentiels de l’université de Cambridge.
Affiche de film dont le titre serait “Les hommes qui regardent fixement les coefficients” - Auteur inconnu qui se moque des chercheurs qui ne font que regarder les tableaux de stats.
Pas de partie pour les abonnés pour cause de vacances, mais si vous êtes en manque de contenu, sachez que j’interviens sur Radio Campus vendredi demain quand sort cette newsletter (le vendredi 13 février donc) à 13h pour parler de fanatisme sur les réseaux sociaux. En rediffusion à partir de 17h au lien suivant : https://campus-clermont.net/emission/campus-a-loreille/