Je suis psychologue, et on m’a raconté d’énormes mensonges sur la santé mentale
(traduction et résumé de l’article suivant : https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/sep/06/psychologist-devastating-lies-mental-health-problems-politics)
Nous vivons une crise de la santé mentale. Nous nous sommes habitués à des files d’attentes dans les structures publiques de plus de six mois, un an, un an et demi. Nous nous sommes habitués à une pénurie de psychiatres. Nous nous sommes habitués à laisser les enfants en difficulté scolaire sans ressource, faute de moyen.
Les thérapies en psychologie fonctionnent de la manière suivante : les psychologues recherchent, avec les patients, la source du mal-être, et en quelques séances, remédient au mal-être en modifiant les pensées, émotions et comportements associés. Quand on peut se permettre de le faire, c’est très bien.
En quoi cela peut aider des personnes qui ne peuvent pas nourrir leurs enfants ? Qui tous les mois risquent de ne pas payer leur loyer ? Qui ne peuvent pas quitter un mari violent sous peine de risquer leur vie ?
Les antidépresseurs ne vont pas changer la vie d’un homme vivant dans une cité, sans chauffage et avec peu de possibilité de trouver du travail. Dire d’une femme qu’elle est traumatisée ne va pas l’aider à s’échapper d’un mari violent. Et les séances de growth mindset ou de mindfulness n’aident pas les enfants pauvres à mieux réussir à l’école - quand ils n’ont même pas les moyens de payer la cantine.
Quand une plante se flétrit, on ne la diagnostique pas de “syndrome du flétrissement de la plante”, on lui donne plus d’eau, de l’engrais ou on la met plus au soleil. On change ses conditions de vie.
Quand c’est un humain, on lui diagnostique un trouble et on lui dit qu’il va falloir faire avec.
Pour déstigmatiser les troubles mentaux, on explique qu’ils sont des troubles comme les autres, comme des troubles physiques. C’est faux. Les causes des troubles mentaux les plus nombreux, la dépression et l’anxiété, proviennent de notre société et de l’incapacité de notre société à nous protéger de ces troubles.
La thérapie est une solution qui fonctionne, et qui permet à de nombreuses personnes d’aller beaucoup mieux. Mais c’est une solution médicalisée, individualiste, et très coûteuse de palier des problèmes systémiques sans en adresser les causes. Si on se blesse à chaque fois qu’on passe une porte, est-ce qu’on préfèrerait mettre des pansements à chaque fois où repenser le fonctionnement de la porte pour arrêter de se blesser ?
Encourager les individus à s’adapter à un système qui crée des troubles mentaux, c’est aussi faire souffrir les populations les plus vulnérables, les personnes précaires, les plus pauvres, les femmes, les marginalisés.
Plutôt que de changer “d’état d’esprit” en thérapie, il faut modifier le fonctionnement de nos sociétés, que cela soit dans la propriété et le système économique. Il faut protéger les citoyens du manque de logement, de chauffage, de nourriture, ce qui est nécessaire à la survie. Tout comme on protège la plante en lui donnant de l’eau, de la terre et du soleil.
Quelles sont les caractéristiques des champions ?
Une analyse de 6000 champions sportifs ou lauréat de prix Nobel indique des résultats assez étonnants. Les champions s’investissent dans leur sport relativement tard : ils font plusieurs sports différents à la fois. De plus, ils font beaucoup moins d’heure de pratique de leur sport que les personnes moins fortes et s’améliorent très progressivement.
Connaissant assez bien les échecs, je suis toujours étonné de voir que beaucoup de très grands joueurs d’échec sont aussi excellents en tennis ou en tennis de table. Ces résultats sont aussi en lien avec les petits champions des échecs. Généralement, les phénomènes qui deviennent très fort vers l’âge de 10-13 ans arrivent très rarement dans le top 10 une fois adulte, contrairement aux joueurs devenant fort vers l’âge de 17-18 ans.
Bref, si vous voulez que votre enfant devienne un champion dans votre sport préféré : faites lui faire d’autres sports quand il est jeune. Et si vous voulez devenir un champion de la recherche, explorez plein de sujets différents (en faisant une newsletter par exemple) plutôt que de vous spécialiser.
Source : https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1745691620974772
Pourquoi croyons-nous aux théories du complot ?
Une explication pourrait résider dans le fait qu’elles donnent du sens à nos vies.
On observe à travers deux études une légère corrélation positive entre l’adhérence aux théories du complot et le besoin de sens. Autrement dit, les lignes rouges vont légèrement du bas à gauche vers le haut à droite.
Plus important, les chercheurs ont testé différentes théories du complot et ont trouvé que les théories du complot qui laissent le plus de choix d’action sont les plus séduisantes :
C’est donc en toute logique que les théories de l’hydroxychloroquine ont autant séduites : elles permettent de contrôler notre impuissance face à la covid grâce à un simple médicament. Dommage que ce médicament soit dangereux.
En conclusion, il semblerait que l’on croit plus facilement aux théories du complot qui donne du sens pour nous, car elles nous permettent d’agir, d’être utile ou de faire une différence.
À quel point vous sentez vous moralement concerné par ce sujet ?
Si on se sent très concerné par son épouse/époux, membre de la famille ou amis, on est étonnement plus concerné par une forêt que par le membre d’un parti politique opposé au sien. Je vous laisse lire le graphique 🙂
Source : https://psyarxiv.com/46kws/
Communiquer sans un mot
Ou comment se baser sur les signaux non verbaux dans les entretiens d’embauche.
Une méta-analyse de 63 études indique que les signaux non verbaux les plus importants dans la recherche d’emploi sont : 1) l’apparence professionnelle, 2) le contact direct dans les yeux, et 3) le mouvement de la tête, et ce, peu important si l’entretien se fait en direct ou à distance, seul ou à plusieurs, et peu importe la durée. Les femmes sont généralement un peu plus jugées sur les signaux non verbaux que les hommes.
C'est un post qui va me faire quelques likes sur LinkedIn ça.
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/job.2670
Tout est plus facile avec un Nobel
Imaginez que vous receviez un article à évaluer pour une revue et que le nom de l'auteur vous saute aux yeux comme celui d'un lauréat du prix Nobel. Seriez-vous plus enclin à recommander cet article pour publication que si, par exemple, l'auteur était un novice ? Une étude publiée en septembre dernier répond par l'affirmative : les auteurs sont six fois plus enclins à recommander leur article que les novices.
Cela en dit long sur “l’objectivité” du processus de publication scientifique…
https://www.nature.com/articles/d41586-022-03256-9
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