Des risques qui peuvent t’éteindre - Le Sleuth qui monte son propre programme - Parent enfant ? - Habiletés cognitives et éducation des adolescents sur les troubles mentaux - Les journalistes n'ont pas les bases méthodologiques - (abonnés) : discussions autour du trouble de l'alcool


La plupart des expérimentations économiques impliquent de jouer à un jeu où, en fonction de nos choix, on va gagner plus ou moins d'argent. Cela correspond à un grand nombre de nos décisions économiques, mais pas à toutes.
Au quotidien, les gens prennent des décisions comportant des risques susceptibles de bouleverser leur vie telle qu’ils la connaissent : un piéton qui s’apprête à traverser hors des passages piétons se demande s’il doit traverser devant une voiture qui arrive, un conducteur évalue s’il dispose de suffisamment d’espace pour effectuer un dépassement, et un boxeur se demande s’il doit prendre le risque de subir une blessure qui mettrait fin à sa carrière lors d’un combat décisif. À l'échelle collective, les gens doivent décider combien investir dans la gestion des risques à faible probabilité mais aux enjeux élevés, tels que le changement climatique extrême ou les pandémies.
Les chercheurs ont "créé" un jeu de ce type, appelé jeu sous risque d'extinction. Le principe est simple, les participants peuvent choisir entre une condition dans laquelle il y a un pourcentage élevé de gagner beaucoup d'argent (10 centimes), un pourcentage plus faible de ne rien gagner et très faible que le jeu s'arrête immédiatement sans rien gagner du tout et une condition où les participants peuvent soit gagner peu d'argent (1 centime), soit pas en gagner du tout mais il n'y a pas de risque que le jeu s'arrête. Et tant que le joueur ne tombe pas sur l'extinction, il peut jouer 100 fois.
Alors je sais que 10 centimes ça a pas l’air beaucoup mais n’oubliez pas que c’est 100 fois.
Les chercheurs montrent que les participants sont plutôt rationnels dans leur choix, comprennent la tâche et les risques associés et que cette tâche peut donc servir à observer les décisions sous risques d'extinction.
Pré-enregistrement : oui
Données accessibles : oui
Maier, M., Harris, A. J. L., Kellen, D., & Singmann, H. (2025). Decision making under extinction risk. Cognitive Psychology, 159, 101735. https://doi.org/10.1016/j.cogpsych.2025.101735
James Heather, l'un des plus importants (et connus) data sleuth ou détectives de fraude scientifique, devient directeur du projet de preuve médicale, un projet de détection de fraude dans les articles de médecine.
Le projet est financé par une subvention de 900 000 dollars sur deux ans accordée par Open Philanthropy. Son objectif ? Détecter « les données médicales erronées avant qu'elles ne causent des décès ». Vous pouvez lire son projet en anglais ici : https://www.politico.com/newsletters/future-pulse/2025/06/25/meet-sciences-new-fraud-fighter-00421851
À noter que le confrère Nathanaël Larigaldie du podcast Répare ta Science (https://linktr.ee/adrienfillon) est chercheur employé dans ce projet.
Enfin, si vous voulez en savoir plus sur le bonhomme, il a été interviewé par Metascience Matters ici :
Un article un peu vieux, mais on ne refuse pas un article de qualité, surtout quand il vient de Dorothy Bishop.
Il est extrêmement commun de se dire que quand un enfant a des troubles du langage, c'est parce qu'il n'est pas assez stimulé par ses parents. Les chercheurs (et le grand public) font un lien causal
langue du parent → langue de l'enfant
Mais est-ce si vrai ? En fait, il n'y a aucune étude sur le sujet.
Il est tout à fait possible que dans certains cas, le manque de réponse de l'enfant cause le manque de stimulation du parent. C'est assez probablement le cas quand on voit dans une fratrie un seul enfant avec un retard de langage. Il est également possible qu'un facteur commun amène à la fois un retard de langage de l'enfant et un manque de stimulation de la part du parent.
C'est le rôle du chercheur de s'assurer qu'un lien causal n'est pas un lien inversé ou un lien avec un troisième facteur, avant de supposer que cet effet causal est vrai. Dans le cas du retard de langage, il semblerait que les chercheurs soient allés un peu vite dans leurs conclusions.
https://deevybee.blogspot.com/2014/02/parent-talk-and-child-language.html
En utilisant les données d'un registre norvégien (N = 272,351 hommes), des capacités cognitives supérieures à l'âge de 18 ans laissaient présager un risque moindre de développer tous types de troubles psychiatriques entre 36 et 40 ans, en particulier la toxicomanie.
Cela s'est vérifié même en comparant des frères élevés dans la même famille. Le niveau d'éducation était également un facteur indépendant prédictif d'une meilleure santé mentale.
Le risque le plus élevé concernait les hommes présentant à la fois de faibles capacités cognitives et un faible niveau d'éducation – la ligne grise dans la figure ci-dessous. Ce groupe était confronté à la probabilité la plus élevée de diagnostics psychiatriques à l'âge adulte.
Pré-enregistrement : Non
Données accessibles : les données appartiennent au registre norvégien.
https://journals-sagepub-com.inshs.bib.cnrs.fr/doi/10.1177/09567976251347221
Un article a fait du bruit dans le paysage médical : la fondation FondaMental (FF) est épinglée pour avoir menti sur sa capacité à prendre en charge les troubles mentaux, induisant les politiques publiques en erreur. En plus de cela, les auteurs indiquent que plus de 663 articles de presse médiatiques ont été publiés sur FF, tous plutôt positifs que négatifs. Pourtant, le seul article indiquant un effet de FF sur la santé mentale est très problématique. Soit les journalistes ne l'ont pas lu, soit ils l'ont lu mais ne savent pas repérer les graves manquements scientifiques.
Si on vous demande d’expliquer ce que c’est qu’une causalité inversée, n’hésitez pas à montrer cette image. Cette image indique que le fait d’habiter chez ses parents CAUSE le fait de ne pas travailler, alors que la réalité est évidemment l’inverse : parce qu’on ne peut pas travailler, on ne peut pas payer de loyer et on est forcé de vivre chez les parents.
Comme très justement souligné par l’expertise collective INSERM 2021 sur le sujet, l'alcool fait face à
Une difficulté de dire face à une difficulté d’entendre.
Ce slogan illustre la double difficulté de l'alcool : il est difficile de parler de son trouble sans se sentir stigmatisé, et difficile pour les professionnels d'adopter un discours et un cadre non stigmatisant.
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