Psycho Papers

Une newsletter qui rassemble et vulgarise des études actuelles en psychologie.

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Par Adrien Fillon
22 nov. · 4 mn à lire
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Psycho Papers #24

Les jeunes dépressifs - Mais du coup, elles sont fausses ces études ou pas ? - Des femmes répondent aux mythes de viol - L’utilité des antidépresseurs - Gagner de l’argent rend-il plus heureux ? - Le Ramadan du juge - Une erreur chez la concurrence

Les jeunes dépressifs

La prévalence des épisodes dépressifs chez les 18/24 ans a considérablement augmenté et a même doublé entre 2017 et 2021 pour se situer aux environ de 20,8% de la population. En cause : le COVID avec son lot d’incertitudes et d’ambiance anxiogène.

C’est un bilan qui est d’autant plus mal vécu pour les jeunes filles : 26,5% ont connu un épisode dépressif caractérisé contre 15,2% pour les jeunes hommes durant cette période.

Source : https://www.santepubliquefrance.fr/docs/bulletin-epidemiologique-hebdomadaire-14-fevrier-2023-n-2


Mais du coup, elles sont fausses ces études ou pas ?

En 2005, Ioannidis a créé la surprise en publiant un article “pourquoi la plupart des études biomédicales sont fausses”. Il indique que les études publiées en l’état sont trop biaisées avec un échantillon trop faible pour pouvoir même être testées comme positives.

Une nouvelle étude teste le taux de positivité (le risque qu’il y ait des études présentées comme positives alors qu’elles ne le sont pas) dans le domaine biomédical et indique qu’il y en aurait environ 13% (bien loin du terme “la plupart” de Ioannidis). Une bonne nouvelle ? Oui si on compare les taux. Après si 13% des études publiées dans le domaine de la santé sont des faux positifs, c’est beaucoup quand même.

Source : https://arxiv.org/abs/2302.00774


Des femmes répondent aux mythes de viol

Des chercheures ont demandé à 354 femmes d’indiquer leur accord avec des mythes relatifs à l’acceptation du viol.

Les 5 mythes étaient “elle a demandé à se faire violer”, “il n’avait pas l’intention de la violer”, “il n’avait pas l’intention de la violer-avec intoxication (il était sous l’emprise de l’alcool ou la drogue)”, “ce n’était pas vraiment un viol”, et “elle a menti”.

Selon les résultats, le mythe “il n’avait pas vraiment l’intention de la violer” est le plus acceptable, le “ce n’était pas vraiment un viol”, le moins.

On observe donc qu’il n’y a pas de “stéréotype du viol” avec le violeur qui sortirait du buisson avec la volonté de blesser la personne, mais un reflet d’un “stéréotype patriarcal” où l’homme, contrairement à la femme, n’est pas maitre de ses pulsions et ne peut contrôler son fort désir de sexe. Ce stéréotype était d’autant plus accepté chez les femmes américaines religieuses que chez les non religieuses.

Les autrices indiquent “Le travail de prévention du viol devrait cibler l'adhésion idéologique aux systèmes de croyances patriarcales et autres systèmes d'oppression, qui peuvent représenter un facteur sous-jacent commun aux groupes de femmes montrant une plus grande adhésion aux mythes relatifs aux viols”.

Source : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36803037/


L’utilité des antidépresseurs

Sur une échelle en 52 points (0 étant dépression extrêmement forte, 52 étant pas de dépression du tout), en moyenne donner un placebo à un patient augmente son score de 10 points, et donner un antidépresseur …. de 12 points. C’est tellement faible que des chercheurs se demandent si les antidépresseurs sont vraiment utiles.

Mais pas si vite. Les moyennes sont trompeuses, car elles ne s’intéressent pas aux différentes individuelles. En effet, ce n’est pas que les antidépresseurs sont très peu efficaces pour tout le monde, c’est que les antidépresseurs sont complètement inefficaces chez 80% des personnes, et efficaces chez 20% d’entre elles. Une étude récente trouve même que les antidépresseurs sont “très” efficaces chez 15% des personnes. La question n’est donc pas “est-ce que les antidépresseurs sont efficaces” mais “comment savoir si la personne fait partie des 80% ou des 15%”. En effet, il faut se demander si ça vaut le coup de prendre le risque de confronter les 80% aux effets secondaires des antidépresseurs sans contreparties positives pour que les 15% puissent en profiter. Les risques sont nombreux et s’additionnent : prise de poids, dysfonction sexuelle, troubles émotionnels, risque de dépendance. Enfin, les antidépresseurs sont plus efficaces chez les personnes ayant une dépression faible à modérée que chez les personnes avec une dépression plus élevée, ce qui n’est pas vraiment l’objectif à l’utilisation des antidépresseurs.

Bref, on a encore beaucoup à faire dans la recherche sur les antidépresseurs et les recommandations à en tirer.

Source : https://www.madinamerica.com/2022/08/antidepressants-no-better-placebo-85-people/


Gagner de l’argent rend-il plus heureux ?

Kahneman et Deaton (2010) ont indiqué à travers une étude que gagner de l’argent rend plus heureux jusqu’à un plateau (environ 90 000$ aux USA) où gagner plus d’argent ne rend pas plus heureux. À l’inverse, Killingworth (2021) a trouvé que gagner plus d’argent rend plus heureux pour n’importe quel salaire, sans existence d’un plateau. Qui a raison ?

En 2023, Kahneman et Killingworth décident de s’unir pour former la dream team de la réponse à cette question. Il se trouve que les deux ont tort… et raison, pour des motifs différents !

En fait, Kahneman et Deaton n’avaient accès qu’aux “15%” des personnes les moins heureuses”, dont l’effet de l’argent est beaucoup plus important que chez les personnes plus heureuses. En sommes, pour eux, l’argent fait le bonheur… à condition qu’on ne soit pas déjà heureux. À l’inverse, Killingworth avait accès à un panel de participants plus ou moins heureux, mais la relation linéaire qu’ils ont trouvé ont aussi négligé un détail : les différentes sont énormes si on sépare les salaires en strate, plutôt qu’en regardant une relation linéaire.

Voici les images des deux études :

À gauche, l'étude de Kahneman et Deaton. On voit que la courbe s'aplatit au-dessus de 90 000$. À droite, on voit bien la relation linéaire de Killingworth.

Voici maintenant l’image en strate :

Seule l’image en strate nous montre que chez les personnes les moins heureuses (en bas), l’argent rend beaucoup plus heureux jusqu’à une certaine somme, puis diminue (la ligne rouge augmente, la verte est horizontale), tandis qu’elle est linéaire pour les moyennement heureux… et augmente pour les plus heureux !

C’est la première fois à ma connaissance qu’une étude entre des chercheurs ayant produit des études contradictoires arrive à une conclusion différente de ce qu'ont indiqué tous les auteurs. Un très beau cas de comment la science peut se nourrir du contradictoire.

Source : https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2208661120


Le Ramadan du juge

La période du ramadan coïncide avec une plus grande clémence par les juges au Pakistan et en Inde. Ces jugements n’amènent pas à une augmentation des récidives, ce qui questionne pas mal sur l’utilité de la peine pour éviter les récidives.

Source : https://www.nature.com/articles/s41562-023-01547-3


Une erreur chez la concurrence

Substack a testé la modification de leur abonnement de 10$/mois en abonnement de 9,99$ en supposant que ça augmenterait le nombre d'abonnements en donnant l'impression que l'abonnement est moins cher.

La décision est motivée par la logique en marketing que les prix en .99 donnent l’impression d’être moins cher.

Eh bien en fait, ça n'a pas fonctionné. C'est même le contraire qui s'est passé, la plateforme ayant vu le taux de conversion fortement décliner chez les abonnés qui faisaient partie du test. Une bonne raison de faire des expérimentations (et de payer des chercheurs pour les faire) avant de faire des bétises.

Source : https://twitter.com/GergelyOrosz/status/1638192536400297986


L’image qui fait réfléchir

Illustration du paradigme de groupe minimal, une méthode utilisée en psychologie sociale pour étudier les conditions minimales requises pour que la discrimination se produise entre les groupes. Voir plus ici.


La fin que vous ne lirez pas de toute façon

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Mon copain et jeune fougueux gauchiste Ribo a créé une chaîne youtube dans laquelle il parle de nombreux problèmes de société. Sa dernière vidéo porte sur Jordan Bardella, et le problème démocratique que pose le nationalisme. À découvrir dans Dans la Sauce.

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